Historique du Château de Montaupin

Page rédigée avec la collaboration de Marie-Paule DAVID

Le Manoir de Montaupin se situe au sud du bourg d’Oizé, possession seigneuriale vers 1342. Le 4 février 1392, Guillaume Chastain possède le fief de Montaupin-Jacquette et fait aveux (reconnait comme seigneur) à Guyon du Bouchet, seigneur du Bouchet aux Corneilles, autrefois ancienne forteresse des XIème et XIIème siècles située à Oizé, à la limite de Requeil. A l’époque, le Manoir est donc très probablement sur le lieu-dit Jacquette (à moins que ce ne soit le contraire ?), situé de l’autre côté de la route de Mansigné. L’actuel château se nomme alors Montaupin-la-Cour.

Fief : terre qu’un vassal tient de son seigneur et en échange desquels il doit accomplir le service dû à celui-ci.


Au début du XVème siècle, la région est tourmentée par la Guerre de Cent ans. La Château du Bouchet-aux-Corneilles tombe d’ailleurs aux mains des Anglais en 1425, sous Henri VI, avant d’être repris un peu plus tard. Pour l’anecdote, Jeanne d’Arc a 13 ans en 1425, âge auquel elle aurait entendu ses fameuses voix !


Tour à tour, les différents seigneurs de Montaupin-Jacquette vont faire aveux à la famille du Bouchet. En 1479, Jacques Huet, alors seigneur de La Roche et de Montaupin-Jacquette, refusa de payer une redevance d’une mine de froment et d’une mine d’orge à Jean du Bouschet. Le litige dura 20 ans !… jusqu’à une ordonnance rendue le 15 mai 1499 qui condamna Huet à payer les termes échus.

Mine : mesure pour les graines, valant environ 78 litres.

Jean du Bouschet est dans une situation « embarrassée ». En 1480 (acte du 1er août), il vend une grande partie des ses terres et échange Montaupin-la-Cour, avec ses « boys » (bois) et « vignaulx »  (vignes) contre la Dreurie. Mais le seigneur du Bouschet meurt rapidement après ces transactions, suivi de peu par son frère, et Guyonne du Bouschet, leur sœur, est seule héritière. Elle dénonce les tractations des terres du Bouschet et intente un procès aux différents acheteurs. Elle gagne à la Cour du Mans, rembourse les acheteurs (610 écus) et récupère ses biens. Pas pour longtemps ! Le 13 septembre 1486, Guyonne du Bouschet vend toutes les possessions du Bouschet et de Montaupin à Jacques de la Chevrière, Seigneur de la Roche-de-Vaux (à Requeil), pour la modique somme de 2211 livres.

En 1488, Perrine de la Chevrière, fille de Jacques, apporte Montaupin en dot à Jacques d’Aubigné, fils de Jean d’Aubigné, seigneur de La Perrière (Maine-et-Loire). C’est Jacques d’Aubigné qui transféra la féodalité de Montaupin-Jacquette à Montaupin-la-Cour, où nous nous trouvons, au début du XVIème siècle. Des travaux vont sans doute résulter de ce changement puisque le pigeonnier, dernier vestige visible de l’époque féodale, date de cette époque. Jacques d’Aubigné fait aveu au Seigneur de Foulletourte. Il meurt en 1531 et laisse deux fils qui porteront le titre de Seigneur d’Aubigné et de Montaupin.

De décès en héritages et veuves remariées, le château de Montaupin passe de la famille d’Aubigné à la famille Le Roy au cours du XVIème siècle. Nous avons, sur ce site, un autre vestige de ce siècle.


Pierre Belon naquit en 1517 à Cérans-Foulletourte. Après des études scientifiques à l’Université de Wittenberg, en Allemagne, il devient l’apothicaire du Cardinal de Tournon. Ce dernier finance le voyage de Belon en Orient (Grèce, Egypte, Palestine, Syrie, …), de 1546 à 1549. Pierre Belon s’intéresse autant aux plantes qu’aux animaux, observant, dessinant et notant tout ce qu’il ne connait pas. Ses apports aux connaissances naturalistes sont immenses. Il développa notamment quelques théories agronomiques sur l’introduction de plantes exotiques en France afin d’augmenter les rendements agricoles. Mais le premier jardin botanique français ne vit le jour qu’en 1596, à Montpellier, plus de 30 ans après sa mort. Pierre Belon mourut, mystérieusement assassiné, à Paris en 1564.


En 1558, Pierre Belon s’indigna auprès du roi Henri II car il ne comprenait pas qu’on n’essaie pas d’acclimater les nombreuses essences d’arbres dont lui-même avait ramené des graines des Amériques. Ses requêtes restant sans réponse, Belon passa à l’action et planta, dans sa région natale, un certain nombre d’arbres exotiques. C’est ainsi que des thuyas virent le jour à Montaupin. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul de ces arbres, âgé de presque 460 ans et de près de 9 mètres de circonférence !

Les Le Roy vont rester maîtres de Montaupin jusqu’à la Révolution française. Louis Auguste Le Roy meurt en 1791 et n’a pour seule héritière qu’une fille, Louise Armande, déjà mariée à Monsieur de Lhermitte, commandant de l’artillerie de l’armée des côtes de Cherbourg. Monsieur de Lhermitte sera l’un des principaux chefs de la chouannerie en Sarthe, ce qui lui vaudra de perdre la vie lors d’une bataille contre « les Bleus » à Saint-Denis d’Orques le 30 avril 1795, avec le chef manceau Geslin.

En 1800, sa veuve, Louise Armande Le Roy de Montaupin, épouse Henri François Lemoine, qui mourra en 1826. Le château est alors vendu à Ambroise de La Porte, riche agriculteur et Maire d’Oizé. En 1866, son fils vend le château de Montaupin à Monsieur Vramant, entrepreneur de bâtiments à Paris. On peut raisonnablement penser, vu la profession et la fortune de M. Vramant, que la très grande partie de l’édifice que nous voyons aujourd’hui date de cette époque. En témoigne la tourelle arrière, qui a perdu sa sœur jumelle début XXème, dont nous savons qu’elle fut édifiée en 1880.

En 1888, le château et ses dépendances, c’est-à-dire tous les bâtiments encore visibles sur Montaupin aujourd’hui, soit 58 hectares au total, est revendu à Monsieur Cureau. Les terres quant à elles sont vendues à plusieurs agriculteurs de la commune : Messieurs Piédor, Dupuy, Sarcé et Le Bled. La famille Piédor est toujours présente sur Montaupin aujourd’hui.

Au cours du XXème siècle, le château de Montaupin a appartenu à Mme. Mary, Monsieur Ferré puis à Monsieur David, lui aussi Maire d’Oizé, dont la fille Marie-Paule est l’actuelle propriétaire.